Partir et revenir de l’étranger : comment gère-t-on le choc culturel ? 

Publié le Catégories Partage d'expérience

Avoir pour projet de partir à l’étranger est toujours très excitant et laisse souvent place à l’impatience. Mais, se diriger vers l’inconnu crée aussi des appréhensions et le retour dans le quotidien n’est pas toujours facile à vivre. On discute du choc culturel dans cet article avec l’aide de jeunes qui témoignent de leur propre expérience.  

Andrews Le

Le choc culturel à l’arrivée 

On prend l’avion, on pose nos valises et on ouvre les yeux sur une autre culture, d’autres habitudes, un nouvel environnement qui ouvre à de nouvelles rencontres Parfois, c’est le dépaysement climatique qui surprend le plus. On se pose des questions comme “As-t-on fait le bon choix ?”, on remarque que l’on se sent seul et déconnecté de la réalité. Et parfois c’est le coup de foudre, le choc culturel est vécu comme un cadeau.

Quelle vision as-tu du choc culturel ? 

Sébastien nous donne son avis. “La notion de choc culturel évoque pour moi la perte de ses repères. Comme une obligation de sortir de sa zone de confort, une recherche de son identité. C’est se sentir perdu par rapport à sa vie d’avant. Les mœurs sont différentes et il faut « reconstruire sa vie » qui est beaucoup plus difficile dans une nouvelle culture.” 

Pour Alice, son opinion est plus ou moins le même : “Le choc culturel c’est toi vivant une vie parallèle dans ta vie, c’est puiser dans tes ressources pour t’adapter sans cesse et comprendre au mieux ton nouvel environnement à l’aller comme au retour. Le choc culturel est un point de vue qui diffère de celui inculqué. C’est selon moi, devoir bousculer ses habitudes, un quotidien modifié, une adaptation où les différences deviennent une normalité finalement car on doit apprivoiser l’inconnu à l’aller comme au retour en France. Il faut retourner dans un présent qui semble être un passé très lointain.” 

As-tu ressenti ce que l’on appelle le “homesick” ? 

Pour Sébastien, à son arrivée au Mexique, il ne se sentait absolument pas prêt par rapport à ce à quoi il s’attendait. “L’endroit était très pauvre, pollué et je n’étais pas bien informé sur le Mexique. Pendant les deux premières semaines, j’ai appris de la culture locale, sur les travaux de chantier, sur les autres volontaires qui étaient eux aussi de culture différente. Malgré le fait que mon pays me manquait, j’ai réalisé que je n’étais pas le seul. Chaque volontaire avait ses préoccupations et chacun était très ouvert à l’idée d’en parler. Le fait de pouvoir en discuter avec des personnes qui partagent nos sentiments, aide vraiment à garder la tête haute et rester motivé.” 

Alice, elle, a pris conscience du commencement de son aventure en Nouvelle-Zélande le soir où elle est arrivée, plus précisément au moment du repas. “En effet, l’adrénaline qu’avaient provoqué les au-revoir ainsi que le trajet de 26h, seule, ont laissé place à la fatigue. C’est durant le repas du soir que j’ai réalisé que les 6 prochains mois se dérouleraient loin de ma zone de confort, dans une langue qui n’est pas la mienne. C’était très déstabilisant. Néanmoins, je savais que c’était mon choix de partir en Nouvelle Zélande mais aussi que le temps passe vite lorsqu’on s’amuse. Il fallait mieux voir ce changement comme une opportunité, un challenge incroyable plutôt que de pleurer mon quotidien que j’allais finir par retrouver !” Le lendemain, elle a fait un tour du quartier pour se familiariser avec son environnement et elle nous témoigne “j’habitais à proximité du Mont Hobson. Lorsque je suis arrivée au sommet de cet ancien volcan qui surplombait la ville, le coup de foudre pour Auckland fut immédiat.” 

Le plus dur dans tout ça ? 

Pour Sébastien, “le choc culturel est forcément présent lorsque l’on se retrouve pour la première fois dans un environnement comme celui-ci, loin de chez soi. La nourriture est différente, les gens sont différents, les conditions climatiques aussi, puis, la barrière de la langue est aussi présente. Cela n’empêche pas de garder un esprit d’aventure et d’aller de l’avant pour avancer. Il ne faut pas constamment regarder ce qui nous attend chez soi car sinon on se fait du mal. Il faut sortir de sa zone de confort pour pouvoir encore plus l’apprécier à son retour.” 

Du côté d’Alice, “le plus dur est d’accepter d’être perdue, de ne rien comprendre ou plutôt de ne pas comprendre l’intégralité des conversations. L’accent des Kiwis est parfois très marqué et le vocabulaire peut varier de celui qu’on a l’habitude de rencontrer dans des séries anglaises ou américaine (ce qui est très frustrant). Surtout lorsque Maëve, âgée de 8 ans, faisait des blagues que tout le monde comprenait sauf moi …” 

 Quoi de nouveau, différent, agréable ? 

Sébastien dit “rencontrer de nouvelles personnes, des plats aux goûts différents de ce que l’on a l’habitude de manger… De voir que des gens du monde entier se retrouvent pour un même but, dans la joie et la bonne humeur.” 

L’expérience d’Alice, c’était plutôt “la liberté d’être qui tu veux et de repartir de zéro.” 

 Une anecdote à raconter ? 

Sébastien raconte que dans un programme comme celui-ci (volontariat), on a très peu de vie privée et cela peut rapidement monter à la tête.  Alors, il est parti se balader. “Un dimanche, lors de ma pause, je suis sorti et j’ai marché pendant plusieurs heures au bord de la plage. Je voulais prendre l’air. J’ai grimpé sur une dune énorme, j’ai bu quelques verres dans un restaurant et j’ai dormi en pleine après-midi sur la plage. Je suis allé me baigner et j’ai aperçu un requin ! Je suis vite retourné sur ma serviette. Un dimanche comme celui-ci, j’aimerai en passer plus souvent !” 

“Être une étrangère c’est quand tu vas en soirée que l’intégralité du club commence à chanter THE Hit du moment et que tu ne connais même pas la musique…” nous dit Alice. 

 As-tu vécu ce changement de culture comme un choc ? 

Pour Sébastien, pas spécialement. “J’ai réussi à prendre le meilleur de chacun. J’ai grandi dans un milieu culturel très divers et je pense que cela m’a donné une plus grande ouverture d’esprit par rapport aux autres cultures.” 

Alice non plus, puisqu’elle explique ce changement culturel comme positif. “Il a été bénéfique car il m’a permis de me remettre en question sur des convictions très françaises que je pouvais avoir. Par exemple, sur la notion de passer des moments entre amis et de faire preuve de tolérance notamment. Néanmoins, mon retour m’a permis d’apprendre à apprécier certains nouveaux aspects de la France tel que l’histoire très riche de notre pays notamment en matière de nourriture. À mon grand désarroi, le fromage de chèvre avait le goût de Kiri en Nouvelle-Zélande…” 

 

 Le choc culturel du retour à la maison 

Retrouver des habitudes et un environnement qui ne nous correspond plus, la sensation que personne n’a changé et que nos propres valeurs ne collent plus avec celles de notre entourage.  

Le mode de vie est moins riche, humain et vrai. Les découvertes, la sensation d’être libre laisse place à l’enfermement de la routine, du retour au job en entreprise avec l’interminable métro-boulot-dodo. Pour d’autres, ce sera la sensation qui leur manque quelque chose, notamment au retour d’un voyage en Asie ou autre pays encore en développement où le quotidien est le plus souvent très simple. Où les interactions sont très humaines, magnifiées par l’entraide, l’importance de la famille et des valeurs.  

À quoi ressemble le choc culturel lors du retour chez soi ?  

“Lors du retour en France, il faut se réhabituer à sa vie d’avant que l’on a mise de côté lors du voyage. Le choc culturel marche dans les deux sens car dans les deux cas, on doit recréer sa zone de confort dans des environnements inconnus ou changés.” explique Sébastien. 

Les premières impressions lors du retour en France ? Peut-on parler de “homesick” dans son pays natal ?  

Chez Sébastien , le retour a été très agréable. “J’ai été très heureux de retrouver ma famille et mes amis, d’avoir plein de choses à nous raconter. En revanche, lors d’un voyage comme celui-ci on change beaucoup dans sa manière d’être. On ne pense plus pareil, on a des buts différents… Le plus difficile est de retrouver certains amis ou membres de la famille qui ont du mal à s’habituer à la nouvelle personne que nous sommes devenus. Et, c’est drôle de voir aussi certaines personnes changées à notre retour.” 

Pour Alice, il a été plus compliqué. “C’était la fin d’une période merveilleuse, la nostalgie était très présente. Le « homesick reverse » est beaucoup plus difficile. C’est un sentiment très particulier, je venais d’accomplir un rêve et pourtant je ressentais un vide immense dans ma vie. J’étais heureuse de retrouver ma famille mais l’euphorie du retour est redescendue très rapidement car l’ennui est là. Aussi, une impression de déjà-vu très lassante est présente quand le quotidien revient. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est indispensable d’avoir des objectifs, de nouveaux projets quand on rentre après une longue aventure comme celle-ci.” 

Qu’est ce qui semble le plus dur dans ce retour à la vie “réelle” ? 

Alice nous fait part de son point de vue. “Le plus dur est de devoir se réapproprier sa vie française. Parler français en continu de nouveau est un sport épuisant pour le cerveau quand on a parlé une autre langue durant quelques mois. 

Je me sentais étrangère alors que j’avais passé 21 ans de ma vie ici. Il faut redéfinir son chez soi, sa chambre, trouver les prises pour brancher ses appareils, redécouvrir l’odeur de sa lessive – des choses qui peuvent sembler idiotes et qui pourtant sont déstabilisantes au retour. Par exemple, j’étais extrêmement dangereuse quand je traversais la route car j’avais pris l’habitude de le faire en sens inverse en Nouvelle-Zélande (sens de la route inversé). 

Quelques mois se sont écoulés depuis mon retour et j’ai toujours une phrase en tête quand on me demande si je suis triste ou si ça ne manque pas. «  Don’t be sad because it’s over, but be glad because it happened » qui signifie « ne sois pas triste car c’est fini mais sois heureux que ça soit arrivé ».”

 

Jan Tinneberg

 

Comme quoi, le choc culturel n’est pas vécu de la même manière selon la vision de chacun, selon les coups de bol ou les tracas du voyageur. Il dépend aussi de la connexion avec la culture du pays en question. Reste à se demander si un choc culturel, qu’il soit vécu difficilement ou avec émerveillement, n’est-il pas la plus grande expérience du voyage, l’enrichissement que l’on en tire, l’apprentissage de la vie?  

 

Retrouvez l’expérience et le témoignage complet de Sébastien partit au Mexique pour se porter volontaire. Et d’Alice, dans l’article : Nouvelle-Zélande : Alice en demi pair chez les Kiwi ! 

  

Quelques informations sur Alice : 

  • Partie à 21 ans 
  • Durée : 5 ½ mois 
  • Placement : 5 mars au 13 août 2019 
  • Programme Demi Pair  
  • Région : Auckland, Nouvelle-Zélande 

Quelques informations sur Sébastien : 

  • Parti à 19 ans 
  • Durée : 4 semaines de volontariat / 2 semaines de tourisme 
  • Placement : 12 avril 2018 au 22 mai 2018 
  • Programme de Volontariat  
  • Région : Salina Cruz, Oaxaca (Mexique) 

 

Crédits Photo by Joshua Sukoff & Jan Tinneberg on Unsplash

 

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